Billets de 500 euros condamnés, vers l'abolition de l'argent en espèces

La décision de la BCE de cesser d’émettre des billets de 500 euros prépare l’abolition de la monnaie en espèces pour faciliter l’expropriation des épargnants lors de sauvetages bancaires.

La Banque centrale européenne a annoncé le 4 mai 2016 qu’elle cessera d’émettre des billets de 500 euros à partir de 2018. La BCE précise que les billets émis resteront pourtant un moyen légal de paiement pour «un temps indéterminé», mais destinés à seule fin de thésaurisation. Elle explique que cette mesure doit «contribuer à combattre le financement du terrorisme et le travail au noir». La mesure annoncée est pourtant parfaitement inefficace pour ce faire.

A grande échelle, le financement du terrorisme, tout comme le blanchiment d’argent, est effectué avant tout par le biais de transferts électroniques bancaires en chaîne (rendus possibles aussi grâce aux sociétés écran) et à petite échelle à l’aide surtout du bitcoin. Quant au travail au noir, qu’il soit payé par des billets de 500 ou de 200 et 100 euros n’y changera rien de toute évidence. De même, qui souhaite transférer illégalement des liquidités en euros pourra toujours le faire avec la même facilité quant au fond.

En parallèle, la BCE a confirmé qu’elle envisage d’élargir à la zone euro un plafond de 5000 euros pour les paiements en espèces (plafonds déjà fixés par la France, l’Italie et l’Espagne et variant entre 1500 et 3000 euros). Ces mesures s’inscrivent dans la logique de fuite en avant qui caractérise la gestion de la crise financière depuis 2008. Elles visent en réalité l’abolition de l’argent en espèces à terme et la mise en place d’un mécanisme qui rende possible au besoin l’expropriation des citoyens-épargnants.

Depuis 2011, l’abolition de la monnaie en espèces a été discutée en secret dans les coulisses de la Banque mondiale, du FMI et des grandes banques centrales (la Suède est le seul pays a avoir adopté cette mesure avec une entrée en vigueur en 2030). La discussion de ce sujet est devenue publique suite à la dernière grande opération de «sauvetage souverain». Le sauvetage des banques chypriotes (et grecques) en 2013 a entrainé la mise en place, par l’Union européenne, des règles du «bail-in» et le Mécanisme de résolution unique, entrés en vigueur en janvier 2016. La règle clé de ces dispositions stipule, d’une part, qu’aucun pays de la zone euro ne sera plus responsable de la faillite d’une banque sur son territoire national (une responsabilité transférée au MRU) et, d’autre part, qu’une banque ne pourra être sauvée à l’aide de fonds publics, sans une contribution préalable par ses «créditeurs» équivalant au moins à 8 % des dettes de la banque. Or les «créditeurs» les plus importants en nombre et en montant d’une banque sont en principe les déposants-épargnants et non pas les investisseurs professionnels ou les actionnaires. Comment cela?

Si vous déposez 1000 francs sur votre compte en banque, vous êtes en réalité, du point de vu légal et comptable, le détenteur d’un «crédit» de 1000 francs que vous avez accordé à celle-ci. Une fois le dépôt effectué, cet argent devient virtuel et n’existe que sous forme comptable, tant que vous ne le convertissez pas à nouveau en argent en espèces par un retrait au guichet. Ce retrait équivaut pour la banque à rembourser votre «crédit» (cf. La Méduse du 08.05.2015). Ainsi, vous avez la liberté – et la sécurité, bien que toute relative, mais néanmoins tangible – de pouvoir retirer votre argent pour vous prémunir contre un risque de faillite de la banque ou encore des frais jugés excessifs, voire contre d’éventuels taux d’intérêt négatifs, qui se profilent à l’horizon pour tous les clients.

En 2013, le sauvetage de Chypre a démontré que la contribution des épargnants peut très largement dépasser le 8 % du «crédit» accordé à la banque pour les dépôts dépassant le montant couvert par les garanties de dépôts de 100’000 unités monétaires (elle était alors de passé 40%), voire que tous les dépôts peuvent être soumis à cette contribution le cas échéant (tel avait bien été l’intention initiale du plan de sauvetage d’alors).

Entre 2008 et 2012, la Commission européenne a approuvé 592 billions d’euros d’aide publique directe pour des sauvetages bancaires. Cela au prix de déficits sans précédents. Dans le même but, la BCE a injecté depuis 2008 passé 2 trillions d’euros dans le système bancaire sous forme de crédits à taux très bas (négatifs en termes réels) pour soutenir les banques d’abord, ensuite pour soutenir la croissance économique en encourageant l’octroi de crédits bancaires. Ces injections d’argent ont permis au système financier de se stabiliser, mais elles n’ont de loin pas produit le résultat économique escompté. Depuis 2015, la BCE et la BNS ont passé à la politique des taux d’intérêt négatifs pour stimuler une croissance restée anémique (en encourageant plus avant le crédit et en affaiblissant leurs monnaies).

Dès lors, la voie royale de sortie de la crise du surendettement public et bancaire (les banques européennes restent largement sous-capitalisées), qui tente nos gouvernements et banques centrales semble bien celle des taux d’intérêts négatifs à grande échelle. Ce qui implique la mise en place d’une monnaie purement virtuelle pour être praticable. Après avoir réduit aux dépens des épargnants le coût de la dette à quasi-zéro, elle permettrait par ce biais de faire des dettes pour servir la dette existante tout en générant de surcroît de nouveaux revenus autant aux banques qu’aux gouvernements.

L’on comprend dès lors pourquoi la logique de la fuite en avant commande d’œuvrer d’abord pour limiter la liberté des déposants à convertir leur «crédit» en espèces (Chypre et la Grèce imposent des plafonds de retraits très bas, qui obligent les citoyens à vivre d’expédients) et de viser ensuite l’abolition à terme de la monnaie en espèces. Une monnaie purement virtuelle permettrait d’éradiquer tout recours possible contre une expropriation partielle ou entière des «crédits» déposés en banque par les épargnants quand il s’agira une nouvelle fois de sauver une grande banque ou le système bancaire. Elle permettrait aussi d’imposer sans difficulté technique (à défaut d’opposition politique) des taux d’intérêt négatifs pour réduire à leurs frais le surendettement issu de la crise financière systémique.

Avec l’avènement d’une monnaie purement virtuelle, nous serions définitivement pris en otage par le système financier et bancaire, livrés à ses aléas ou abus et privés de toute liberté de choix, autant pour régler nos échanges quotidiens (hormis le troc et le recours aux pièces d’or et d’argent) que pour la gestion de notre épargne.

AS 06.05.2016